{"product_id":"lettre-autographe-signee-abel-gance-1","title":"Autograph letter signed, Abel Gance to Nelly Kaplan","description":"\u003cp\u003eAbel Gance (1889–1981), Autograph letter signed, no date, no place, to Nelly Kaplan; in violet ink.\u003c\/p\u003e\n\u003cp\u003e3 pages, Quarto (270 x 210 mm).\u003cbr\u003eA long love letter blending a confession of jealousy, philosophical meditation and film news, closing with a paraphrase of Mayakovsky's farewell note.\u003c\/p\u003e\n\u003cp\u003e\"Chérie...\u003cbr\u003eJe t'écris d'un petit hôtel de la rue Singer à Passy où nous resterons deux nuits avant d'habiter 2 Avenue de Lamballe - où nous entrerons demain matin.\u003cbr\u003eJ'ai ta dernière lettre sous les yeux. Elle est claire et respire la sincérité. Je dissipe donc les nuages amassés - par un détail fortuit. Incidemment j'avais pour mes affaires eu besoin de téléphoner à un service cinématographique de l'UNESCO - \u0026amp; incidemment à l'ami qui était au bout du fil, j'ai demandé dans quel service Joup. travaillait. Cet ami mal informé m'a répondu spontanément. Il travaille chez nous — mais je pense qu'il est parti — ou qu'il doit partir pour la Côte d'Azur. C'est tout !. Tu comprends mieux sans doute mon bouleversement. J'ai voulu contrôler ensuite - le lendemain on m'a dit qu'il était à Paris - et ta lettre finit de me convaincre. Je te demande donc pardon. L'ampleur de ma jalousie \u0026amp; de mes inquiétudes marche au carré de mon amour pour toi. Ceci tu dois le comprendre — mais je ne veux pas que tu en souffres — et je ne te dirai plus rien sur ces sujets si par fatalité d'autres fantômes venaient égarer ma raison.\u003cbr\u003eMaintenant — ta fatigue a une cause — et je ne comprends pas ton obstination à me refuser cette quiétude que je te demande, de voir le professeur Rivoire qui, je te le répète, est un des grands maîtres européens en matière de glandes endocrines et qui rétablirait en peu de temps ton équilibre basal. Si tu ne crois plus à mon intuition en matière sentimentale — crois au moins en ma dure expérience de la vie — et ne joue pas par fierté les obstinées.\u003cbr\u003e- Ma vie extérieure sans toi se continue avec le combat sourd qui te fait avancer dans ma vie de demain à chaque seconde. J'ai des minutes folles — d'une joie « terrifiante » — et des heures mortelles. J'ai l'impression que je change d'ailes. Les autres comme celles des pingouins étaient atrophiées - et je conservais le cœur d'un oiseau sans en avoir l'empennage. Tu m'as ouvert les yeux.\u003cbr\u003eJ'ai fait fausse route avec quelques grandes idées du passé que je voulais régénérer = La vie de demain est plus à la portée de nos mains que je ne le pensais possible - et c'est pourquoi je voulais avant de te connaître — chercher comme Dante un vieux tremplin. Tu m'as montré que loin de me projeter dans le futur - il m'ensevelirait dans les innombrables trous que la vie et la science lui ont faits - et c'est là le plus grand service que tu m'as rendu. J'ai redécouvert que la pensée la plus importante de Prisme devait être à nouveau ma boussole - quoique lorsque je te l'ai répétée ta voix en me disant « c'est dans Prisme » ait eu une inflexion où j'avais cru déceler un complexe d'ironie fine.\u003cbr\u003e.. La première Vérité consiste à savoir qu'il n'y en a pas.\u003cbr\u003eLa deuxième Vérité consiste à s'en créer une (ceci, je le rajoute maintenant) ou à choisir une de celles que les hommes ont déjà créées.\u003cbr\u003eLa troisième Vérité consiste à croire ensuite aveuglément à ces dernières — au point d'arriver à oublier qu'il n'y en a pas —\u003cbr\u003e= Repose-toi ma belle Bérénice — fais de toi la plus belle statue mouvante que Phryné envierait - Oublies tout ce qui a pu te blesser. Le pardon, c'est une des grandes lois utiles de l'évolution = Renforce ta croyance — non dans le \"moi\" que je suis mais dans celui que je peux être. Que nos respirations intellectuelles arrivent à se confondre. Comme tu le pressens il faudra encore s'armer de courage contre l'adversité cet hiver - trempe ton métal - deviens flexible et souple. Le plus beau roseau du monde est celui qui se penche le plus sans se briser - Je t'aime - et t'aimerai toujours quels que soient les cyclones. Je prépare en silence notre miel - Peut-être seule en profiteras-tu si la fatigue me tue avant - car moi aussi - sans vacances - sans détentes - sans soleil dans ma maison depuis tant d'années - je suis par instant exténué et prêt à lâcher la voile trouée de mon radeau. - Tu es ma Croix du Sud. Tant que mes yeux qui ont tant pleuré resteront fixés sur toi - je ne pourrai plus sombrer - mais excuse-moi par chérie - par instant - lorsque les larmes les envahissent - je vois non plus ce seul point brillant de ton étoile - mais une infinité d'autres tout autour — qui tremblent à travers mes pleurs - et c'est ce qui fait varier ma route - et me fait faire des erreurs d'appréciation - car à ces moments-là je ne te trouve plus exactement où tu es =\u003cbr\u003eJe suis heureux que cette petite ville te plaise - heureux qu'il n'y ait que des aveugles autour de toi - heureux de penser que tu n'auras plus à souffrir de ton « diable érotique » - par ses élucubrations morbides.\u003cbr\u003eJe travaille beaucoup — [?] veut me voir d'urgence — Je pense que la polyvision marchera - et je vais examiner avec vous le Crépuscule des Dieux dont la copie est terminée. Je n'ai pas encore vu Barssac. J'attends le rendez-vous. Je vais tout à l'heure non pas aller — mais « courir » à la poste comme Fortunio de Musset.\u003cbr\u003eJe revis toutes nos secondes avec une intensité de 4e dimension qui me les rend aussi présentes qu'elles le furent. Je travaille au montage. Le film ne sera pas dans mon esprit tu le sais mais il sera commercial - Je le pressens - Le rythme est bon - et l'intérêt persiste malgré les invraisemblances du sujet. J'ai une bonne impression.\u003cbr\u003eQuand j'ai cru que tu n'étais pas seule — et je te demande pardon une dernière fois de revenir en arrière — j'ai cru que comme Maïakovsky en 1930 - j'allais écrire dans l'esprit des dernières lignes qu'on a trouvées de lui près de son revolver :\u003cbr\u003e« Comme on dit\u003cbr\u003e« L'incident est clos ».\u003cbr\u003e« Le canot de l'amour\u003cbr\u003es'est brisé contre la vie courante\u003cbr\u003e« Je suis quitte avec la vie\u003cbr\u003e« Inutile de passer en revue\u003cbr\u003eles douleurs\u003cbr\u003eles malheurs et les torts réciproques\u003cbr\u003e« Soyez heureux ! » « Lili aime-moi »\u003cbr\u003eAbel.\"\u003c\/p\u003e","brand":"Librairie Alexis Noqué","offers":[{"title":"Default Title","offer_id":58296075649349,"sku":"0927","price":900.0,"currency_code":"EUR","in_stock":true}],"thumbnail_url":"\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0793\/8611\/6421\/files\/4-IMG_9959.jpg?v=1781651515","url":"https:\/\/www.librairie-alexisnoque.fr\/en\/products\/lettre-autographe-signee-abel-gance-1","provider":"Librairie Alexis Noqué","version":"1.0","type":"link"}