{"product_id":"lettre-autographe-signee-abel-gance-2","title":"Autograph letter signed, Abel Gance","description":"\u003cp\u003eAbel Gance (1889–1981), autograph letter signed, 13 February 1959, Forges-les-Eaux, to Nelly Kaplan; bifolium in red ink, with envelope.\u003c\/p\u003e\n\u003cp\u003e4 pages, Quarto (250 x 186 mm).\u003cbr\u003eA letter of entreaty in which Gance, refusing the break-up, a « bête blessée », sets the ideal Belen against the real Nelly and begs that his trust not be taken from him, in a crescendo of images of drowning, gambling and rekindled ashes.\u003c\/p\u003e\n\u003cp\u003e\"Belen.\u003cbr\u003eJe suis une bête blessée dans ta forêt ! Je me cache à la fois de toi et de moi. Car je n'aime pas donner une souffrance en spectacle - fût-ce à moi-même - mais en le cachant - en volant mes larmes - je m'intoxique - et je ne pouvai plus aller bien loin si cela continue Combien de temps réjisterai-je ? Toi, tu as déjà pris un chemin de biais pour supporter sans mourir le poids éventuel d'une supplice. Avec ton but réaliste d'atteindre, coûte que coûte, une rive quelle qu'elle soit - je te vois t'éloigner. Tant que mes yeux peuvent encore te voir nager dans mon horizon - un mince espoir me reste - celui de te voir revenir - par un retour de flamme - avant d'accoster dans le nouveau royaume que tu convoites - ou peut être encore celui de te voir revenir - après que tu te seras rassasiée - si j'ai pu me tenir sur l'eau pendant ce temps-là ! ce dont je doute.\u003cbr\u003eJ'essaie depuis deux mois de m'exténuer dans le travail - mais ma pensée tremble au bout de ma plume - et je n'écris pas un mot qui se dilue dans les ondes invisibles de ta chevelure. Les sirènes n'agissent pas mieux que toi avec leurs victimes.\u003cbr\u003eDepuis que tu n'es plus une femme pour moi - mais une sorte de rêve merveilleux évanescent - quelque chose de terrible gronde en moi. Si je pouvais physiquement tout au moins te tromper - peut-être serais-je sauvé à moitié - mais c'est une si dangereuse solution que j'hésite devant elle comme devant un sacrilège. \u003cbr\u003eEt c'est un drame physique qui s'ajoute à l'autre.\u003cbr\u003eJe ne perdrai jamais Belen - car elle est dans une autre dimension que Nelly - mais je ne veux pas non plus perdre Nelly - et je ferai bientôt ce qu'il faudra pour cela - si le point d'interrogation que je me pose déjà ne s'agrandit pas au point de me fermer toutes les portes de sortie.\u003cbr\u003eN'est-il pas déjà trop tard ? Si je ne retourne pas chez toi - le même feu, la même force - la même confiance, la même pureté - les mêmes ailes que tu avais - je risque de ne plus voir en toi - que la copie vide de cette lumière merveilleuse que tu me dispensais à profusion. Et quel sera alors notre dose à tous deux devant ce lac de regrets ?\u003cbr\u003eTu n'arrives pas à t'expliquer mon attitude. Tu la cherches dans de petites raisons sordides qui ne sont pas exactes - et je crois que si tu ouvrais mon coeur comme un livre - tu aurais des remords d'après aussi durement avec moi.\u003cbr\u003ePeut-être n'as-tu pas compris que c'est l'énorme poids des larmes que je n'ai jamais pu verser — larmes lourdes et dangereuses comme celles d'un océan en tempête — où toi et toute la vie se confondent — larmes qui m'étouffent depuis l'âge de raison — et qui annihilent tous mes actes — et me laissent interdit et timide à la porte du bonheur, comme si je n'y avais pas droit. Voilà sans doute le réel motif de ma lenteur pour m'élever vers toi. Ce n'est pas un mirage — c'est un fait physiologique — pathologique si tu veux — mais c'est ainsi.\u003cbr\u003eJe n'ose pas entrer dans ta vie en traînant un tel poids de désespoirs à mes semelles.\u003cbr\u003eJe voudrais m'en débarrasser — les amoindrir — avant qu'ils ne se multiplient — mais, depuis Forges-les-Eaux — ce poids redouble — et Mar del Plata m'en a saturé. Je t'en supplie Nelly, ne crache plus sur moi, si tu ne veux pas pleurer sur ma tombe !\u003cbr\u003eEt toutes ces larmes silencieuses, comme un mascaret invisible, emportent mes résolutions comme des châteaux de cartes dès que tu te dresses en ennemie devant moi. Je ne puis alors me raccrocher à rien de solide — et mon amour se noie — Si, de temps à autre, un sourire — un mot de toi — un serrement de main — éclaire cet orage constant — la nuit retombe et la vague déferle parce que tes mots m'ont cruellement blessé — parce que tes absences m'inquiètent — parce que tes yeux sont devenus d'acier.\u003cbr\u003ePour ne pas perdre au jeu — il faut martingaler sans arrêt, c'est-à-dire doubler sans cesse la mise qu'on a perdue — jusqu'à ce que le bon numéro sorte — et — il n'est pas d'exemple que devant la constance du joueur — il n'arrive à sortir — multipliant d'un coup toutes les mises perdues. Tu me parais abandonner le jeu parce que tu fais le calcul des coups passés et des désillusions — et que tu préfères sortir perdante en claquant violemment la porte. C'est à ce moment-là que le N° gagnant sort. Trop tard hélas ! Puisque tu ne joues plus, tu ne peux plus gagner.\u003cbr\u003eBelen. Entends bien ce que je te dis — écoute le grondement de ma force psychique — IL NE FAUT PAS NOUS SÉPARER ! Il ne faut pas créer un précipice entre nous. « des plus petits sont les plus difficiles à combler », dit Nietzsche — Pas d'irrémédiable ! — puisque le temps approche — Ne m'enlève pas ma confiance en toi — ce serait plus dramatique que le contraire — nous passons le cap le plus difficile de notre vie commune en ce moment.\u003cbr\u003eCe que tu appelles ta lucidité est celle de Nelly, ce n'est pas celle de Belen — Et c'est pourquoi je la trouve vraiment en défaut.\u003cbr\u003eJe comprends et j'accepte toutes les raisons — sauf une : celle de sous-estimer la qualité et la noblesse de mes sentiments quels qu'ils soient. Moi aussi, j'ai comme toi, quelque part en moi — du sang d'étoile — mais tu ne sembles plus t'en souvenir — et c'est pourquoi je n'ai pas compris ton indifférence en Argentine — où je la méritais cependant là moins qu'ailleurs.\u003cbr\u003eJe ne cherche ni à t'apitoyer — ni à te faire réfléchir — ni à m'excuser — je te dis ce que je pense, voilà tout. Je t'ai avoué hier soir que tu avais raison sur tous les plans, sauf sur un seul — et je reviens à ce que je disais en haut de cette page — celui de la qualité indicible de mon amour pour toi — celui de mon admiration pour toi — celui de la certitude où j'étais jusqu'à maintenant qu'il ne se pourrait pas que le temps — ou les faits extérieurs — puissent, sans jouer, nous faire perdre confiance l'un dans l'autre.\u003cbr\u003eEt maintenant — je peux paraphraser [?] avec certitude :\u003cbr\u003e« Tu peux éparpiller la cendre de notre amour aux quatre vents — il en sortira des flammes qui ne cesseront de t'entourer de leur chaleur jusqu'à la mort »\u003cbr\u003eTon Abel Gance\u003cbr\u003eMalgré tous les malgrés\"\u003c\/p\u003e\n\u003cp\u003eFollowed by a vertical marginal note:\u003cbr\u003e\"N'oublie jamais que tu m'as écrit à Forges-les-Eaux :\u003cbr\u003e« Je me suis poussée par une fatalité qui me fait toujours quitter ce que j'aime et attendre ce qui ne viendra jamais ». C'est là le noeud de mon angoisse — comprends-le — toi aussi.\"\u003c\/p\u003e","brand":"Librairie Alexis Noqué","offers":[{"title":"Default Title","offer_id":58296075780421,"sku":"0926","price":1500.0,"currency_code":"EUR","in_stock":true}],"thumbnail_url":"\/\/cdn.shopify.com\/s\/files\/1\/0793\/8611\/6421\/files\/2-IMG_9946.jpg?v=1781651559","url":"https:\/\/www.librairie-alexisnoque.fr\/en\/products\/lettre-autographe-signee-abel-gance-2","provider":"Librairie Alexis Noqué","version":"1.0","type":"link"}