Librairie Alexis Noqué
N° de référence:0840
Louis-Ferdinand Céline
Manuscrit autographe "Mémoire pour le cours des Hauts Etudes"
Manuscrit autographe "Mémoire pour le cours des Hauts Etudes"
1932
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CÉLINE, Louis-Ferdinand. Manuscrit autographe "Mémoire pour le cours des Hautes Etudes". S.l., n.d., [1932].
In-4 (278 x 233 mm), 18 pages et demi.
Reliure en cuir rouge.
Saisissant brouillon autographe — frère et contemporain du Voyage au bout de la nuit dont il partage la verve — où Céline détourne une commande savante en pamphlet misanthrope : premier jet raturé et inachevé qui démolit la bêtise bureaucratique de l'Hygiène officielle pour mieux réclamer, contre les « hommes moins bien soignés que les cochons », une hygiène enfin « fraternelle » au service des « hommes réels ».
Rédigé sans doute en 1932, à l'occasion du projet de création d'un Institut des Hautes Études d'Hygiène, ce Mémoire pour le cours des Hautes Études est resté inédit à l'époque ; il n'a été recueilli que bien plus tard dans les Cahiers Céline 3. Le manuscrit que nous présentons en est un premier jet, incomplet (18 pages et demi), couvert de ratures, d'ajouts interlignes et de repentirs : un document de travail à l'état brut, où l'on saisit la phrase célinienne en train de se former.
La date est capitale : nous sommes au moment où paraît le Voyage au bout de la nuit (octobre 1932), et ce texte en porte toutes les marques. Le ton n'a plus rien du rapport administratif : c'est celui du pamphlet — phrases scandées de points de suspension, registre familier et argotique (« on s'en fout », « couillons », « jemenfoutisme », « gagas savants et débiles mentaux administratifs »), et cette misanthropie traversée de fraternité qui est la signature même de Bardamu.
Le propos se déploie en deux temps. Céline commence par une démolition méthodique de l'hygiène telle qu'elle s'enseigne et se pratique : un domaine « où le niveau spéculatif est si bas, la critique absolument inexistante », peuplé d'une « cohorte… méprisable et presque nauséeuse » de « philanthropes, fonctionnaires et professeurs » qui « cumulent les emplois où on bave et où on signe ». La critique, dit-il, « réussit donc à tous les coups » : « c'est un véritable jeu de massacre ». L'hygiène officielle n'est qu'une « muraille d'impossibilités » adossée à « la tartuferie monstrueuse des gros intérêts économiques et par conséquent des pouvoirs publics » — formule où perce, dès 1932, une critique politique explicite.
Mais le Mémoire n'est pas que destructeur. Céline y avance une définition positive, qui en constitue le cœur : « L'Hygiène véritable repose sur l'application fraternelle du confort physique, moral, géographique de tous les membres d'une communauté donnée ». Et il en tire un diagnostic d'une étonnante acuité sociale : les hommes pratiquent « la fraternité avec ennui » tandis qu'ils s'adonnent « au pillage et à l'assassinat avec passion et frénésie » ; surtout, l'injustice se cumule au lieu de se corriger — « les mieux protégés sont aussi les plus forts… les plus surmenés sont les moins bien nourris ». Toute l'arme rhétorique repose sur un rabaissement zoologique systématique — les hommes y sont tour à tour des « huîtres », des « poissons », et finalement « beaucoup moins bien soignés que les cochons » : « une porcherie tenue comme une République aurait fait faillite depuis longtemps ».
Transcription complète disponible sur demande.
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