RÉF. 0995

Correspondance d’André Salmon à Paul Fort, 1942-1958

Date
1er janvier 1942 – 22 décembre 1958
Destinataire
Paul Fort
Lieu
Paris et Sanary-sur-Mer
Format
Formats divers, jusqu'à In-4 (267 x 210 mm)
Langue
Français
Siècle
XXᵉ siècle
Particularités
Lettre en rébus, collage et faux timbres dessinés

État de conservation

Bon

800 €
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André Salmon (1881-1969), ensemble de douze pièces adressées à Paul Fort, Paris et Sanary-sur-Mer, 1er janvier 1942 – 22 décembre 1958 : cinq lettres autographes signées, deux lettres dactylographiées signées, une carte postale autographe signée, un poème dactylographié avec dédicace et dessins autographes, un feuillet d’épigrammes autographes avec collage, une enveloppe illustrée de deux dessins originaux et un menu imprimé.

Formats divers, jusqu’à In-4 (267 x 210 mm).
Ensemble d’une amitié de cinquante ans entre l’ancien secrétaire de Vers et Prose et son « Prince », riche de trois poèmes de circonstance, d’une lettre en rébus, d’un collage et de deux faux timbres dessinés.

1. Poème dactylographié, dédicace et dessins autographes, signé, 1er janvier 1942. 1 page in-4. Six banderoles dessinées à l’encre entourent le poème et portent des vers manuscrits.

« À toi, Paul Fort
À mon Grand Frère Aîné
Admiré
Et aimé
[banderoles :] ô pays des gouffres et des ailes – Astre, et tel qu’Apollon, tu brilles, volontaire. – Il faut s’aimer, il faut s’aimer, Amaryllis ! – Ou parfois il grimpait aux arbres. – Baignons-les, tout s’oublie.
Une France indécise
Dévorant ses navets
Et cette Europe assise
À son propre chevet
Mais, PAYS DES BALLADES
Cette rue Gay-Lussac
D’un continent malade
N’est pas le cul-de-sac
Mon PAUL FORT y commande
Toujours à l’Univers
Apprête, ordonne et mande
Par la force du vers
(En prose, ont dit “les sages”)
Doré, aérien
Composant le message
Et la Somme du Bien
Qui guérira le Monde
Des sottises du Mal
Que vienne DAME ABONDE
Qui pour ouvrir le bal
Prend la main de mon PRINCE
Pour la chaîne sans fin
De province à province
(Réduites Soif et Faim)
Et que ce soit la Ronde
LA RONDE AUTOUR DU MONDE
La Ronde par tous lieux
MONTAGNE, FORÊT, PLAINE
Vous, à son bras, GERMAINE
Les enfants au milieu.
1er janvier 1942
André Salmon »

2. Carte postale autographe signée, lundi 14 septembre 1942, adressée à « Monsieur Paul Fort de l’Académie Mallarmé, 34, rue Gay-Lussac ».

« Cher Paul,
Je me trompais. Mon émission n’était point passée… s’il faut ainsi parler. Mais le faut-il ? À l’instant, Pierre Minet me téléphone – et c’est fort courtois – pour m’avertir que c’est pour mercredi à 17 heures. Poste parisien. Je n’entends rien aux longueurs d’ondes – C’est “La Closerie des lilas au temps de Vers et Prose”. Tu occupes le centre. J’ai dit, de mon mieux, des vers de toi, des Idylles antiques. Et j’imite, respectueusement, la voix de Moréas. Et tu verras la fin.
Nos pensées pour toi et les tiens
Je t’embrasse
André Salmon
Mon ami René Ranson est ébloui de t’avoir connu. »

3. Lettre autographe signée, Paris, 24 octobre 1951. 1 page in-8.

« Cher Paul,
Des amis m’offrent un dîner à l’occasion – quelle occasion ! – de mes 70 ans. Ça se servira, le 15 novembre, à Montparnasse, Carco préside.
Or nous te voulons avec nous, toi mon parrain, et, pour que je te le dise, tout haut, tout près de moi.
Veux-tu trouver, ici, l’imprimé de la chose ? Il correspond à une invitation – pressante ! – pour Germaine Tourangelle et le Prince.
Je t’embrasse,
André Salmon
Mais veux-tu avertir Anacréon de ton acceptation ? »

4. Menu imprimé du dîner du 15 novembre 1951 à La Coupole de Montparnasse, « sous la présidence de Francis Carco », « pour fêter son soixante-dixième anniversaire et cinquante ans de poésie ». Bifeuillet imprimé en noir et rouge, orné d’un dessin de Marie Laurencin reproduit, avec le nom manuscrit de la convive : « Madame Germaine Tourangelle. »

5. Enveloppe autographe, cachet du 10 décembre 1951, adressée à Paul Fort, avec l’adresse de l’expéditeur au dos. Salmon y a dessiné à l’encre et aux crayons de couleur deux faux timbres : « Philomela – 15 boucs – Catulle Mendès », avec un oiseau et un profil barbu, et « Mme de Noailles – 15 leis condensés », avec une figure allongée.

6. Feuillet d’épigrammes autographes avec collage au verso, sans date. 2 pages in-8. Au recto, trois épigrammes à rimes en série de voyelles ; au verso, deux coupures de presse collées et reliées d’un trait, avec légendes en capitales.

« MÉMOIRE
La mémoire n’est qu’une mare
Que nous prenons pour une mer ;
C’est par faute d’un point de mire.
On avait oublié la mort
Réservée au pauvre Dumur

ON AURA TOUT VU
HONNORAT TOUT VU
Il vivait de chipolata,
L’hiver, et de pâtes, l’été,
N’aimant rien que son ouistiti ;
Fils naturel de Léautaud
Tout de papier-journal vêtu.

CARRIÈRE
Il emporta sur sa tartane
Cette pucelle de Sartène
En l’appâtant d’une tartine.
Depuis – faut-il qu’on s’en étonne ? –
Notre donzelle a fait fortune

Juvenal
Juvenel des Oursins
Juvenil… parbleu !
Juvenol
EMPLOYEZ TOUS LE JUVENOL
Juve-nul
P.c.c.
Dédé de Montparno »

[verso :] « LE COMPLEXE EXPLIQUÉ PAR L’IMAGE – NOS COMPLEXES SONT GARANTIS DEUX SAISONS MAIS L’ENVERS VAUT L’ENDROIT FAITES RETOURNER VOS VIEUX COMPLEXES »

7. Lettre autographe signée, [Paris], 30 juin 1953, à en-tête du 73, rue N.-D. des Champs. 1 page in-4.

« Cher Paul,
On ne se voit vraiment pas assez.
Nous étions à Sanary (Var) au printemps ; nous revenons de Royat (je cure) et nous serons après le 14 juillet (Fête nationale) à Belle-Isle-en-mer, quand je serai libéré par la Radio.
Voulez-vous, Germaine et toi, nous faire, à Léo et à moi, le grand plaisir de venir déjeuner (à l’adresse ci-dessus) le MERCREDI 8 JUILLET ?
Dites-oui !
Je lis, ici et là, beaucoup de choses sur toi ; ça me réjouit.
Je t’embrasse,
André Salmon »

8. Lettre autographe signée, [Paris, fin octobre ou novembre 1953], même en-tête. 2 pages in-4, avec un poème de dix-huit vers.

« Chère Germaine
Cher Paul, mon Prince !
C’est du sérieux : Léo et moi avons l’agrément de vous annoncer que jeudi 29 Octobre, à 17 heures 30, donc aux chandelles, le plus lettré des maires, celui du Sixième, a procédé aux rites du mariage civil, à notre bénéfice. Il n’y a point de cérémonie-cérémonial. Le maire, Victor Faure [?], y a été tout de même d’un spitche évocateur, me faisant le plaisir d’une image de Paul Fort l’œil fixé sur le Sixième de sa rive du Cinquième ! Paul Fort, patron, parrain du marié, et il le disait à la mariée ravie, ce cher homme.
Êtes-vous à Paris ? Oui, que je pense. On a le projet – pas bientôt – de grouper, à l’occasion de c’te noce, quelques amis autour de divers pots ; on ne saurait se passer de vous.
Cher Paul, je regarde tes livres bien rangés par Léo qui refond, révise la bibliothèque. Je n’hésite pas à te dire que me manquent encore tes Ballades de la France d’Outre-mer.
Sarraut – Taïaut ! [?]
Et je compose dans cette attente :
Amis buvons un verre et portons haut le toast !
Laissés le Béret basque et le chapeau Rembrandt,
Paul Fort coiffé du casque du général Dodds
Vainqueur de Behanzin, s’est voulu conquérant
Comme Vidal-Lablache, aux Terres inconnues
Où hurlent le Sorcier et les négresses nues.
Mais que dis-je ? Paul Fort est un nouvel Atlas,
Il jongle avec le Monde et sa voix édifie
Le temple qu’il fallait à la Géographie.
Atlas ? Évidemment, qui se font des atlas.
En mil-huit-cent-quatre-vingt-neuf, la rue du Caire !
Et puis, en mil-neuf-cent, de nouvelles moukères !
À Marseille, un Village noir, près du Prado,
Avec cette Vénus qu’on contemple de dos !
Et cette Josépha dans le Bois de Vincennes
Qui régalait Lyautey de sa biguine obscène !…
Que c’est beau de revoir tout ça … rue Gay-Lussac !
Mais quoi ? Mon Paul Fort a plus d’un tour dans son sac.
André Salmon »

9. Lettre autographe signée, 25 janvier 1954. 1 page in-4, avec deux dessins en rébus (un œil, un toit) et une note marginale.

« Cher Paul,
Salut à toi, mon Prince !
Si tu étais usager du téléphone, je t’aurais crié mon plaisir dès hier, sur le coup de midi et demi.
Paris se devait de t’honorer ainsi, en payant sa dette, bien tard. Mais avec toi, il n’est jamais trop tard
Mais il neige… mais il neige…
Paul, nous sommes contents.
Reste le Prix Nobel… tu m’as publiquement accusé de te l’avoir fait manquer en lançant mes soucoupes (volantes) par-dessus – et comme des paroles, n’est-ce pas ? – le mur de la brasserie Dumesnil, rue Dareau !.. Mais les Suédois ont quand même l’[œil dessiné] sur [toit dessiné] (toi) !… Léo et moi vont vite rendre visite au Prince des Poètes devenu, en outre, Comte de Paris. Et on vous embrassera tous les deux, Germaine et toi ; comme, figurativement, ici, t’embrasse et vous embrasse, Paul et la Tourangelle, ton petit frère,
André Salmon
J’achève le premier volume de mes Souvenirs. J’en arrive à un portrait de Paul Fort, espéré GRANDEUR NATURE ! (x)
[en marge :] x Et quelle Grandeur ! … et quelle Nature ! AS »

10. Lettre dactylographiée signée, « La Hune », Sanary-sur-Mer, 28 janvier 1958. 2 pages in-4. Extraits :

« Cher Paul, mon Prince,
[…] Quand, à la Coupole, je signais, ahuri, sous une lumière cruelle à mes yeux un peu fatigués, quelle apparition, digne de ta magie ! Cette jeune fille, ta petite fille apportant ton message ! […] Paul, quand Jean de La Varende parle de son voisin M. de Broglie, il dit “mon duc”. Moi, je dis : mon Prince quand je te nomme.
Et ton autre message aux Écrivains de Champagne ! Et cette idée, à dire fameuse, de proposer ma succession à Paul Claudel ! […] Ainsi, par ton vœu, je succède à l’illustre inventeur de Tête d’Or et de Turelure. Il me semble que c’était hier que, rue Boissonade, je copiais, à la main, mes yeux étant meilleurs qu’aujourd’hui, Partage de Midi et Connaissance de l’Est pour Vers et Prose. […]
J’ai peu ou pas connu Claudel. Je l’ai vu pour la première fois au théâtre de Darzens, aux Batignolles, quand je faisais représenter mon drame, en collaboration, Natchalo. Claudel vint en coulisses féliciter ma principale interprète, la sienne sur une autre scène […]. Il fut assez dédaigneux des auteurs. Je le revis, charmé de son succès, à la générale du Soulier de Satin, dont Cocteau disait que c’était du music-hall pour archevêques. Claudel a eu tout de même du génie. À chacun le sien, pas vrai ?
Il reste que c’est toi qui es moralement le Président d’honneur des Champenois devant qui je ne serai que ton ambassadeur. […]
Pardonne-moi, Paul, mon Prince, que tout te soit favorable en cet an de grâce nucléaire.
Léo et moi nous vous embrassons tous les deux,
André Salmon »

11. Lettre dactylographiée signée, « La Hune », Sanary-sur-Mer, 22 décembre 1958. 2 pages in-4, précédée de six vers dactylographiés.

« Ce n’est pas par le goût des choses d’Amérique,
Plutôt question d’âge et d’optique.
Un fléchissement de rétine
Me réduit au brutal emploi de la machine,
De la petite Hermès à la grosse Underwood.
Saint Éloi n’est pas mort, mais, hélas, son œil boude.
Cher Paul, mon Prince,
Quel heureux Noël ! En confectionnant avec des branches son Arbre de Noël, Léo n’espérait pas suspendre un aussi riche présent. Hier, dimanche, mon beau-fils Jean Claude Merle, accompagné de la petite fille Sophie, et précédant ma belle, tout de [b]on belle, fille Yolande, est arrivé porteur de SI TOUT L’AMOUR M’ÉTAIT CONTÉ, parvenu en Notre-Dame des Champs. Tu sais que nous n’y vivons plus guère. Nous sommes même, désormais, électeurs à Sanary. Il est venu “du monde” à la Hune. J’ai tout plaqué et plaqué tous pour me retirer dans ce que Vigny aux longs cheveux blonds appelait son cabinet d’études. Oui, pour tout de suite couper les pages de ton livre. Joie de trouver la belle double dédicace. Léo en reste secouée. Paul, je t’écrirai mieux, ayant lu à loisir. Mais sache tout de suite que j’admire, ébloui d’une telle fraîcheur de l’âme et du cœur.
À Germaine et à toi, aux si nombreux tiens, Joyeux Noël et Belle et Bonne année !
Embrasse-les tous comme nous t’embrassons,
André Salmon
[verso :] Tu l’as vu, l’œil n’est pas sûr. J’ai dû corriger ale en âme. Faute de frappe, comme disait un faussaire récidiviste aux juges de la Correctionnelle. Quand même, fraîcheur de l’ale. Ça n’était pas si mal. Au dessert du repas de famille, on videra le rosé du Var à vos santés. »

Plis d’envoi, petites déchirures marginales aux deux lettres dactylographiées et au poème de 1942, enveloppe ouverte avec manque au rabat.

Salmon rencontre Paul Fort (1872-1960) en 1903 aux soirées de La Plume. En 1905 il l’aide à fonder Vers et Prose et s’installe rue Boissonade, dans les bureaux de la revue, dont il est le secrétaire. Fort est élu « prince des poètes » en 1912, titre que Salmon lui donne dans presque chaque lettre.
« Germaine Tourangelle » est Germaine Pouget, compagne de Fort, qu’il épouse en 1956 ; La Tourangelle (1925) et La Ronde autour du monde (1922), que cite le poème de 1942, comptent parmi ses Ballades françaises les plus connues.

Veuf de Jeanne en 1949, Salmon se remarie le 29 octobre 1953, date que donne la lettre n° 8. Les trois volumes de ses Souvenirs sans fin paraissent de 1955 à 1961. Il avait fait bâtir en 1937 la petite maison de Sanary d’où partent les deux dernières lettres.