Glossaire du bibliophile

Incunable

Livre imprimé en Europe avec des caractères mobiles avant le 1er janvier 1501, pendant les premières décennies de l'imprimerie. Le mot vient du latin incunabula, « le berceau ». Sans page de titre le plus souvent, l'incunable s'identifie par son colophon et par les grands répertoires (Hain, GW, ISTC).

Le terme apparaît en 1639 sous la plume de Bernhard von Mallinckrodt, qui parle des « premiers berceaux de la typographie » (prima typographicae incunabula) pour désigner la période close en 1500 ; Cornelius van Beughem en fait un titre de livre en 1688 avec son Incunabula typographiae, premier répertoire du genre. La borne du 31 décembre 1500 est donc une convention de bibliographes, non un seuil technique, mais elle est devenue universelle : les répertoires de Hain (1826-1838), puis de Copinger et de Reichling, le Gesamtkatalog der Wiegendrucke entrepris en 1925 et l'Incunabula Short Title Catalogue de la British Library recensent aujourd'hui environ 27 500 éditions, de la Bible à quarante-deux lignes de Gutenberg (vers 1455) aux presses vénitiennes d'Alde Manuce. Les impressions des années 1501-1520 sont dites post-incunables.

Un incunable se décrit autrement qu'un livre moderne. La page de titre n'existe pas avant les années 1480 et ne se généralise qu'au XVIe siècle : le nom de l'imprimeur, le lieu et la date figurent au colophon, quand ils figurent. Les initiales sont souvent peintes ou rubriquées à la main dans des espaces laissés en blanc, le texte est en caractères gothiques ou romains selon les régions et les genres, le papier est fort et vergé, et la reliure ancienne, de peau sur ais de bois, porte parfois encore ses fermoirs. L'identification passe par la collation, par la mesure des caractères sur vingt lignes et par la confrontation avec les répertoires ; une notice sérieuse cite le numéro ISTC ou GW de l'édition et dit ce que l'exemplaire a de particulier : rubrication, provenance, feuillets manquants ou remplacés. La valeur dépend de l'édition, de la complétude et de l'état bien plus que de la seule date.

Le mot est souvent employé à tort pour n'importe quel livre ancien, ou étendu aux impressions du début du XVIe siècle. On rencontre des feuillets isolés, détachés d'exemplaires incomplets, vendus comme « incunables » : ce sont des fragments, qui se décrivent comme tels. Les fac-similés du XIXe siècle de pages célèbres, de la Bible de Gutenberg en particulier, circulent encore et trompent l'œil non prévenu ; le papier, la teinte de l'encre et l'absence de foulage des caractères les trahissent. Enfin, un incunable relié au XIXe siècle n'en est pas moins un incunable, mais sa reliure se décrit comme postérieure.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un incunable ?

Un incunable est un livre imprimé en Europe avec des caractères mobiles entre les débuts de l'imprimerie, vers 1450, et le 31 décembre 1500. Le mot vient du latin incunabula, « le berceau » : ce sont les livres du berceau de l'imprimerie.

Pourquoi la limite de 1500 ?

La date est une convention fixée par les premiers bibliographes de l'imprimerie au XVIIe siècle, et reprise depuis par tous les répertoires. Les livres imprimés dans les années 1501-1520 sont appelés post-incunables.

Combien existe-t-il d'incunables ?

L'Incunabula Short Title Catalogue de la British Library recense environ 27 500 éditions sûrement antérieures à 1501, chacune conservée en un nombre d'exemplaires qui va de l'unique à plusieurs centaines.

← Tout le glossaire