Le mors est la charnière de la reliure : la bande de cuir, de toile ou de papier qui relie le dos à chaque plat et se plie à chaque ouverture du livre. Le mot désigne aussi, chez les relieurs, l'épaulement que forment les cahiers endossés et contre lequel vient se loger le carton du plat ; c'est à cet endroit que la reliure travaille le plus. Les reliures anciennes en veau et en basane, dont le cuir sèche avec le temps, y cèdent d'abord ; le maroquin et le vélin tiennent mieux, et la reliure à la Bradel, dont le dos est libre, ménage ses mors.
Dans une notice, l'état des mors est un élément décisif de la description d'une reliure. On distingue le mors frotté, dont le cuir est simplement usé en surface, le mors fendillé, qui commence à se fendre sur une partie de sa longueur, et le mors fendu, où le plat ne tient plus que par les nerfs ou les gardes, voire se détache. Une reliure d'époque aux mors intacts est un état recherché ; des mors restaurés, c'est-à-dire refaits ou consolidés par un relieur, se signalent, la qualité de la restauration faisant alors la différence.
On confond le mors avec la coiffe, qui est l'extrémité supérieure ou inférieure du dos, et avec le dos lui-même. Une restauration ancienne des mors, invisible au premier regard, se décèle à la différence de grain ou de teinte du cuir, ou au toucher ; une reliure décrite comme « d'époque » et dont les mors ont été entièrement refaits doit être présentée avec cette précision. Enfin, des mors un peu frottés sont le lot de presque toute reliure ancienne manipulée, et ne constituent pas un défaut majeur.