Glossaire du bibliophile
Papier vergé
Papier dont la fabrication à la forme laisse apparaître par transparence un réseau de fines lignes parallèles et rapprochées, les vergeures, coupées à intervalles réguliers par des lignes plus espacées, les pontuseaux. Caractéristique du papier occidental ancien, il se distingue notamment du papier vélin, dépourvu de ces marques.
Le papier vergé est le papier occidental par excellence depuis l'arrivée de la fabrication du papier en Italie au XIIIe siècle : la feuille se forme sur un tamis de fils de laiton tendus sur un cadre, les vergeures, soutenus par des baguettes de bois, les pontuseaux, et la pâte, plus mince au-dessus des fils, laisse voir leur réseau par transparence. Jusqu'au XVIIIe siècle, tout papier d'impression est vergé, fait de chiffon de lin ou de chanvre ; l'invention du papier vélin par Baskerville et Whatman vers 1750, puis la machine à papier continue au XIXe siècle, le relèguent aux usages de luxe. Il y reste : les « vergés » des éditeurs modernes — vergé de Hollande, vergé d'Arches, vergé pur fil Lafuma, vergé de Montval — sont les papiers des tirages numérotés.
Pour le libraire, la mention « sur vergé » dans une justification de tirage désigne un papier de qualité supérieure au papier courant, en général le dernier rang des grands papiers après le Japon, le Chine et le Hollande. Pour le livre ancien, l'examen du vergé est un outil d'identification : l'écartement des pontuseaux, la finesse des vergeures et le filigrane permettent de dater un papier, de localiser un moulin et, parfois, de distinguer une contrefaçon d'une édition originale imprimée sur un autre papier.
On confond le papier vergé avec le papier vélin, dont la surface est unie, et le vergé ancien, fait à la main, avec les vergés mécaniques modernes, qui imitent le réseau par un rouleau filigraneur. Un « vergé » de tirage courant n'est pas un grand papier ; seule la justification en fait un exemplaire de luxe. Enfin, un papier vergé qui ne présente ni pontuseaux réguliers ni filigrane cohérent avec la date annoncée mérite un examen.
Vergeures
Fins fils métalliques parallèles et rapprochés qui garnissent la forme servant à fabriquer le papier à la main ; par extension, nom donné aux fines lignes qu’ils laissent visibles par transparence dans la feuille. Leur disposition et leur espacement peuvent contribuer à l’étude et à la datation des papiers anciens.
Pontuseaux
Dans une forme à papier, supports disposés perpendiculairement aux vergeures et destinés à soutenir le treillis métallique. Par extension, le terme désigne les lignes plus espacées, perpendiculaires aux vergeures, que leur disposition fait apparaître par transparence dans le papier vergé.
Dans le catalogue
Termes liés
Vélin (papier)VergeuresPontuseauxFiligraneHollande (papier)Papier chiffonLes papiers des grands tirages
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le papier vergé ?
C'est un papier fabriqué sur une forme dont le tamis est fait de fils métalliques : il garde par transparence les lignes fines et serrées des vergeures et les lignes espacées des pontuseaux. Tout le papier occidental est vergé jusqu'au milieu du XVIIIe siècle.
Quelle différence entre vergé et vélin ?
Le vélin est fait sur un tamis tissé qui ne laisse aucune ligne : sa surface est unie. Mis au point en Angleterre vers 1750, il remplace peu à peu le vergé dans l'impression courante, tandis que le vergé reste le papier des éditions de luxe.
Que sont les vergeures et les pontuseaux ?
Les vergeures sont les fils fins et parallèles de la forme, dont la trace se voit dans la feuille ; les pontuseaux, les tringles qui les soutiennent, perpendiculaires et espacées de deux à trois centimètres. Leur écartement aide à dater un papier.
Références
Joseph-Jérôme de Lalande, Art de faire le papier, Paris, 1761 (Descriptions des arts et métiers ; Gallica).
Dard Hunter, Papermaking. The History and Technique of an Ancient Craft, New York, Knopf, 1943 ; réimpression Dover, 1978.
Charles-Moïse Briquet, Les Filigranes. Dictionnaire historique des marques du papier, Genève, 1907, 4 vol. — édition en ligne : https://briquet-online.at
Philip Gaskell, A New Introduction to Bibliography, Oxford, Clarendon Press, 1972.
Raymond Gaudriault, Filigranes et autres caractéristiques des papiers fabriqués en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, CNRS Éditions, 1995.