Glossaire du bibliophile · famille de termes

Les papiers des grands tirages

Les papiers de luxe sur lesquels les éditeurs tirent les exemplaires de tête et les grands papiers d'une édition, du plus précieux au plus courant : Japon, Chine, Hollande, puis les vélins et vergés de papeterie (Madagascar, Arches, pur chiffon) et le grand raisin. La justification du tirage fixe l'ordre et le nombre de chaque papier.

La hiérarchie des papiers naît avec le tirage de luxe : dès le XVIIIe siècle, les éditeurs tirent quelques exemplaires d'une édition sur un papier plus beau ou plus grand — papier de Hollande, grand raisin vélin, peau de vélin pour les plus riches — que Brunet et Cohen signalent. Au XIXe siècle, les éditeurs de bibliophilie, Lemerre, Jouaust, Conquet, puis les maisons du XXe, codifient la justification du tirage : tant d'exemplaires sur Japon, tant sur Chine, tant sur Hollande, puis sur vélin ou vergé de luxe, numérotés, avant le tirage courant. Chaque papier a son origine et sa fortune : le Japon et le Chine, fibres longues venues d'Asie puis imitées ; le Hollande, vergé de chiffon des moulins néerlandais ; le Madagascar et les vélins d'Arches, de Rives, de Lafuma ou de Lana, papiers français de chiffon filigranés ; l'alfa, dernier venu, pour les tirages « réservés » des années 1930-1960.

Pour le libraire, lire une justification est le premier geste : elle dit le rang de l'exemplaire, sa rareté et sa place dans l'édition, et la notice la cite avec le numéro de l'exemplaire (« un des 15 sur Japon impérial, le nôtre le n° 7 »). Les grands papiers se reconnaissent au toucher, à la couleur, au filigrane, et les bibliographies — Carteret, Talvart et Place, Clouzot — fixent pour chaque édition le détail du tirage.

Les erreurs sont celles de la justification mal lue : un « exemplaire sur vergé » du tirage courant pris pour un grand papier, un Japon européen pris pour un Japon impérial, un numéro hors série pris pour un exemplaire de tête. Les justifications elles-mêmes mentent parfois, par exagération commerciale ou par retirage ; la bibliographie les contrôle.

Japon (papier)

Le papier japonais, fabriqué à la cuve depuis le VIIIe siècle à partir des écorces du kōzo, du gampi et du mitsumata, est connu des graveurs européens avant d'être adopté par les éditeurs. L'ouverture du Japon et le japonisme des années 1870 en font le papier des tirages de luxe : les éditeurs de la fin du XIXe siècle — Lemerre, Conquet, Rouveyre, puis les maisons du XXe — placent le Japon en tête de la justification, avant le Chine et le Hollande, à quelques exemplaires numérotés. On distingue le Japon « ancien », soyeux et légèrement ivoire, le Japon « impérial », épais, crème et satiné, de fabrication japonaise, et des imitations européennes ; le Japon « à la forme » est fabriqué feuille à feuille, le Japon « nacré » doit son reflet au gampi.

Pour le libraire, un exemplaire sur Japon est presque toujours le sommet d'une édition : la notice en donne le rang dans la justification (« un des 10 sur Japon impérial, le nôtre le n° 3 »), signale les suites de gravures ou les états supplémentaires qui l'accompagnent souvent, et décrit l'état du papier, dont la surface marque facilement. La reliure signée et l'envoi s'y ajoutent volontiers : un Japon de tête avec envoi est une pièce de collection.

On confond le Japon avec le papier vélin ou le Chine, et l'on tient parfois pour un Japon tout papier crème et soyeux. Les éditeurs ont aussi réemployé le nom pour des papiers mécaniques, et certains « Japon impérial » d'après 1900 sont fabriqués en Europe. Une justification doit donc être lue avec la bibliographie : le nombre d'exemplaires sur Japon y est fixé, et un exemplaire « sur Japon » non numéroté dans une édition qui les numérote mérite d'être vérifié.

Dans le catalogue

Jocelyn

Disponible

La grotte

Disponible

Chine (papier)

Papier mince, soyeux et légèrement teinté, fabriqué à partir de fibres végétales, apprécié pour la finesse avec laquelle il restitue les tailles d'une gravure ou d'une eau-forte. Les éditeurs l'ont volontiers choisi, aux XIXe et XXe siècles, pour les tirages de luxe, à côté du Japon ou du Hollande (d'autres types de papier existent, mais restent moins fréquents).

Hollande (papier)

Papier vergé de fabrication hollandaise, réputé depuis le XVIIe siècle pour sa solidité et son grain léger, obtenu à partir de chiffon de lin ou de chanvre. Les éditeurs l'ont volontiers choisi, aux XIXe et XXe siècles, pour les tirages de luxe, à côté du Japon ou du Chine (d'autres types de papier existent, mais restent moins fréquents).

Madagascar (papier)

Le Madagascar apparaît dans les justifications des années 1920 et règne sur le livre moderne jusque vers 1960 : Gallimard, Grasset et Plon l'emploient pour quelques dizaines d'exemplaires de tête de leurs éditions originales, entre le Japon impérial et le Hollande en haut, le vergé pur fil et l'alfa en bas. C'est un vélin fin, souple et légèrement crème, de fabrication française, dont le nom relève de la mode des appellations lointaines ; sa composition exacte n'est pas documentée et la part de fibres malgaches reste une hypothèse.

Pour le libraire, « un des 35 sur Madagascar » désigne un exemplaire de tête ou de second papier, selon la justification, et vaut par ce rang : la notice le cite avec son numéro et dit ce qui vient avant et après.

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Arches (papier)

Le moulin d'Arches, sur la Moselle, est attesté en 1492 ; Beaumarchais y fait fabriquer le papier de son Voltaire de Kehl, et la maison devient la référence du papier à dessin et du papier de gravure. Les éditeurs du XXe siècle en font un grand papier : le vélin d'Arches, pur chiffon, blanc ou crème, filigrané « Arches », reçoit les illustrations des livres de peintres et les tirages de tête, parfois « à la forme ».

Pour le libraire, « sur vélin d'Arches » situe un exemplaire dans la justification : souvent après le Japon et le Chine dans un livre illustré, souvent seul grand papier d'une édition originale de la seconde moitié du XXe siècle. L'Arches ne se confond ni avec le Rives ni avec le Lana, papeteries voisines dont les noms apparaissent dans les mêmes justifications.

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Papier chiffon

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, tout le papier occidental est de chiffon : fait de toiles usées de lin, de chanvre, puis de coton. L'invention de la pâte de bois vers 1850 donne un papier abondant et bon marché, mais acide et fragile ; le papier de chiffon devient alors le papier de qualité, celui des grands papiers, que les justifications désignent « pur chiffon », « pur fil » ou « vélin chiffon », filigrané du nom de la papeterie.

Pour le libraire, la mention « sur pur fil » ou « vélin chiffon » signale un grand papier, en général le dernier de la justification avant le tirage courant : la notice en donne le rang et le numéro. Pour le livre ancien, un papier jauni et cassant sur un livre d'avant 1850 fait soupçonner un feuillet ou un fac-similé rapporté.

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Grand raisin

Les formats de papier français de l'Ancien Régime portent le nom de leur filigrane : le raisin, à la grappe ; le jésus, le colombier, la coquille. Le grand raisin, environ 50 × 65 cm, devient l'un des formats usuels de l'imprimerie. Plié en deux il donne l'in-folio, en quatre l'in-quarto ; le raisin a survécu dans le 50 × 65 des papiers à dessin.

Pour le libraire, la mention « grand raisin » décrit un papier de grande dimension d'un tirage de luxe de la fin du XVIIIe et du premier XIXe siècle : Brunet et Cohen signalent les exemplaires « en grand raisin vélin », comme pour les Œuvres de La Fontaine illustrées par Moreau. On ne confond pas le format du papier et le format bibliographique : « in-4 grand raisin » dit les deux.

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Questions fréquentes

Dans quel ordre se classent les grands papiers ?

Par convention, du plus précieux au plus courant : Japon, Chine, Hollande, puis les vélins et vergés de luxe (Madagascar, Arches, Rives, Lafuma, pur fil), enfin l'alfa. La justification du tirage de chaque livre fixe l'ordre réel et le nombre d'exemplaires de chaque papier.

Qu'est-ce qu'une justification de tirage ?

C'est la mention, en tête ou en fin de volume, qui détaille le tirage : nombre d'exemplaires sur chaque papier, numérotation, exemplaires hors commerce. Elle permet de situer un exemplaire et de vérifier qu'il est bien ce qu'il prétend.

Un grand papier vaut-il toujours plus qu'un exemplaire courant ?

Oui, à texte et à état égaux : la rareté est fixée par la justification. Mais un exemplaire courant avec un envoi important peut valoir davantage qu'un grand papier sans histoire.

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