L'expression désigne, dans une édition dont le tirage est décrit par une justification, les premiers exemplaires de la liste, ceux que l'éditeur a voulu les plus beaux : papier de luxe, souvent le Japon ou le Chine, numérotation la plus basse, parfois une suite des illustrations, un dessin original, une signature de l'auteur ou de l'artiste. La pratique est née au XIXe siècle avec les éditions illustrées et les sociétés de bibliophiles, et s'est généralisée dans l'entre-deux-guerres, lorsque chaque éditeur littéraire a eu sa hiérarchie de papiers.
Le libraire lit d'abord la justification, qui dit combien d'exemplaires forment la tête du tirage et ce qu'ils contiennent, puis vérifie que l'exemplaire en main porte bien tout ce qui est annoncé : le numéro, le papier, la suite complète, la signature. La valeur d'un tirage de tête tient à sa place dans cette hiérarchie, à son chiffre réel et à son intégrité ; un exemplaire dont la suite manque, ou dont un dessin a été détaché, n'est plus ce qu'il annonce.
Les confusions sont nombreuses. Le tirage de tête n'est pas le grand papier dans son ensemble : il en est la pointe. Les exemplaires hors commerce, marqués H.C. ou lettrés, réservés à l'auteur et aux collaborateurs, ne lui appartiennent pas toujours, même imprimés sur le même papier. Les exemplaires de passe, excédentaires et non justifiés, en sont exclus par définition. Et une signature apposée après coup par l'auteur sur un exemplaire ordinaire n'en fait pas un exemplaire de tête.