Glossaire du bibliophile
Vélin (papier)
Papier à la surface lisse et uniforme, fabriqué sur une forme munie d’un fin treillis métallique ne laissant apparaître ni vergeures ni pontuseaux. Mis au point en Angleterre au XVIIIᵉ siècle par John Baskerville et James Whatman, le papier vélin fut perfectionné par Étienne Montgolfier puis François-Ambroise Didot grâce à Benjamin Franklin - alors ambassadeur des États-Unis d'Amérique.
En librairie, la mention « exemplaire sur papier vélin » signale donc un papier de qualité supérieure, souvent choisi pour les tirages de tête ou les éditions de luxe, et non un support en peau.
Le papier vélin naît du désir d'un papier aussi uni que la peau : John Baskerville l'obtient vers 1750 en faisant tisser le tamis de la forme comme une toile métallique, et son Virgile de 1757 est le premier livre imprimé sur « wove paper ». James Whatman le fabrique à Maidstone ; en France, Johannot d'Annonay, les Montgolfier puis Réveillon le produisent à partir de 1777, et François-Ambroise Didot l'impose dans ses éditions de luxe, les Bucoliques de 1783 en tête. Au XIXe siècle, la machine à papier continue fabrique du vélin en rouleau, et le vélin devient le papier ordinaire de l'imprimerie, le vergé restant celui du luxe ; au XXe siècle, les papeteries d'Arches, de Rives, de Lana, Johannot et Lafuma donnent aux éditeurs des vélins de chiffon ou « pur fil » qui prennent leur place dans les justifications.
Pour le libraire, la mention « sur vélin » a deux valeurs selon l'époque : au XVIIIe siècle et sous l'Empire, un exemplaire sur papier vélin est un exemplaire de luxe, tiré à part et souvent cité par Brunet et Cohen ; au XXe siècle, le vélin d'Arches ou le vélin pur fil est l'un des grands papiers, en général après le Japon et le Hollande, et parfois « seul grand papier » d'une édition originale. L'examen par transparence distingue le vélin du vergé ; le toucher, le grain et le filigrane de la papeterie identifient le vélin d'une maison.
La confusion la plus fréquente oppose le papier vélin à la peau de vélin : un manuscrit ou un exemplaire « sur vélin » du XVe ou du XVIe siècle est sur peau, un exemplaire « sur vélin » de 1800 est sur papier. La justification du tirage tranche, non l'aspect de la feuille.
Dans le catalogue
Termes liés
Vélin (peau)Papier vergéArches (papier)Grand papierTirage de têteLes papiers des grands tirages
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le papier vélin ?
C'est un papier fait sur une forme à tamis tissé très fin, qui ne laisse ni vergeures ni pontuseaux : sa surface est unie et lisse, d'où son nom, emprunté au vélin de peau. Il apparaît en Angleterre vers 1750 et s'impose en France à la fin du XVIIIe siècle.
Vélin papier ou vélin peau ?
Le vélin de peau est une peau de veau préparée pour l'écriture, support des manuscrits et de quelques tirages de luxe ; le papier vélin n'en a que l'aspect. Une notice précise « sur peau de vélin » quand il s'agit de la peau.
Que signifie « vélin d'Arches » ou « vélin pur fil » ?
Ce sont les grands papiers vélins des éditeurs du XXe siècle : vélin d'Arches, des papeteries d'Arches ; vélin pur fil, fait de chiffon sans bois ; vélin de Rives, de Lana, Johannot. Ils figurent dans les justifications de tirage.
Références
Dard Hunter, Papermaking. The History and Technique of an Ancient Craft, New York, Knopf, 1943 ; réimpression Dover, 1978.
Philip Gaskell, A New Introduction to Bibliography, Oxford, Clarendon Press, 1972.
Joseph-Jérôme de Lalande, Art de faire le papier, Paris, 1761 (Gallica).
Henry Cohen, Guide de l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, 6e éd., Paris, 1912 (Gallica).
Pascal Fouché et al. (dir.), Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la Librairie, 2002-2011.