Glossaire du bibliophile · famille de termes
Les parties de la reliure
Le vocabulaire des parties d'une reliure, dans l'ordre d'une description : plats et coins, dos avec ses coiffes, ses nerfs, ses caissons et ses pièces de titre et de tomaison, tranches de tête, de queue et de gouttière, gardes. Chaque élément a son nom, son décor et ses défauts d'usure, et une notice de libraire les énumère dans cet ordre.
Une reliure est une structure : le corps d'ouvrage, cousu sur des nerfs ou des rubans, est fixé à deux plats de carton et recouvert d'une matière — cuir, parchemin, toile, papier — dont la partie qui couvre la couture est le dos. Le dos s'articule aux plats par les mors, se termine en tête et en queue par les coiffes, qui recouvrent les tranchefiles, et se divise en caissons par les nerfs ; les plats ont des coins, des coupes et des chasses, et leur face interne, le contreplat, reçoit la contregarde ; les gardes volantes ouvrent et ferment le volume, et les trois tranches, de tête, de queue et de gouttière, peuvent être dorées, marbrées ou laissées brutes. Ce vocabulaire s'est fixé entre le XVIIe siècle et les manuels du XIXe, Lesné et Le Normand, et les thésaurus modernes l'ont normalisé.
Pour le libraire, ces mots sont ceux de la notice, et leur ordre aussi : on décrit la reliure de l'extérieur vers l'intérieur, matière et couleur, dos, plats, coupes, tranches, gardes, puis la signature et l'état. La précision du vocabulaire fait la précision de la description : « demi-maroquin à coins, dos à cinq nerfs orné de caissons dorés, pièces de titre et de tomaison, tête dorée, non rogné » dit tout d'une reliure sans la montrer. L'identification d'un atelier, la datation d'une reliure et le jugement de son état passent par ces éléments.
Les confusions les plus courantes portent sur les mots voisins : dos et mors, coiffe et tranchefile, tranche et coupe, garde et contregarde, nerf et faux-nerf, caisson et entre-nerfs. Les pages des membres de ce groupe les précisent une à une, et les entrées voisines — dos à nerfs, dos lisse, mors, tranchefile, fers, filets — complètent le tour du volume.
Plats
Les plats sont d'abord des ais de bois que les reliures médiévales recouvrent de peau et ferment de fermoirs ; le carton les remplace à partir du XVIe siècle, et devient la règle. Sur les plats s'inscrit le décor de la reliure : encadrements de filets, fleurons et fers aux angles, dentelles, plaques à froid ou à l'or, armes et chiffres du possesseur, mosaïques de maroquin.
La notice décrit les plats par leur matériau, leur décor et leur état : frottés, insolés, épidermés, tachés, « premier plat détaché » ; un plat gauchi ou un carton cassé sont des défauts de structure. Les armes au centre des plats font une reliure aux armes, à identifier ; un plat détaché est à signaler et une reliure dont un plat a été remplacé est une reliure restaurée.
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Coins
Les coins sont l'endroit de la reliure qui souffre le premier : posés sur une table, tirés d'un rayon, les angles des plats s'écrasent, se frottent et se dénudent. Les relieurs du XIXe siècle y répondent par la demi-reliure à coins, où des triangles de maroquin, de chagrin ou de veau prolongent le dos aux angles — la demi-reliure « à coins » est devenue la reliure courante du bibliophile. Les reliures de bibliothèque ont des coins de parchemin ou de toile.
Pour le libraire, les coins se décrivent avec le dos : « demi-maroquin à coins », puis l'état : coins légèrement frottés, émoussés, usés, « coins supérieurs du second plat frottés ». Des coins intacts sur une reliure ancienne sont un signe de fraîcheur ; des coins refaits ou reteintés, une restauration à signaler.
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Coiffes
La coiffe est le façonnage du cuir à chaque bout du dos : le relieur rabat la peau sur la tranchefile, et la retourne en bourrelet qui protège la couture et donne au dos son fini. Dans les reliures du XVIIe et du XVIIIe siècle, la coiffe est pleine et arrondie ; dans les reliures à la Bradel et les demi-reliures du XIXe, elle est plus plate.
Pour le libraire, les coiffes sont le premier point d'état à vérifier : tirées par les lecteurs, elles s'usent, se fendent et s'arrachent, surtout la coiffe supérieure. La notice dit « coiffes frottées », « petit manque à la coiffe supérieure », « coiffes restaurées » ; une coiffe refaite au cuir neuf, reteintée, est une restauration qui se signale et se voit à la différence de grain.
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Nerfs
Jusqu'au XVIIIe siècle, les cahiers sont cousus sur des nerfs — ficelles de chanvre ou lanières de peau — fixés ensuite aux plats, qui saillent sous le cuir du dos. Au XVIIIe siècle, la couture « à la grecque », dans des entailles du dos, permet le dos lisse ; le XIXe siècle revient aux nerfs pour les reliures de bibliophile, mais le plus souvent sous forme de faux-nerfs, bandes collées sur un dos cousu sans eux, d'où la mention « dos à faux-nerfs ».
La notice compte les nerfs (« dos à cinq nerfs »), dit s'ils sont ornés de filets ou de pointillés, et distingue vrais et faux nerfs quand c'est possible : des nerfs irréguliers et bombés sont vrais, des bandes nettes et égales sont souvent fausses. L'état des nerfs — frottés, usés au sommet — fait partie de l'état du dos.
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Caissons
Dès que le dos porte des nerfs, les relieurs décorent les espaces qu'ils délimitent de filets, de fleurons et de petits fers, et les dos lisses de la fin du XVIIIe siècle imitent ces compartiments par des filets, d'où les « faux caissons » des notices. Le caisson de tête et celui qui suit reçoivent le titre et la tomaison, sur pièces ou dorés directement ; les autres portent le fleuron répété qui fait l'unité d'un dos.
Le libraire décrit les caissons avec le dos : « dos à nerfs, caissons ornés d'un fleuron doré ». Leur décor, par les fers employés, aide à attribuer une reliure à un atelier et à la dater ; leur usure — dorure passée, cuir frotté au centre des caissons — se signale.
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Pièce de titre
Avant le XVIIe siècle, le titre d'un livre relié se lit sur une étiquette manuscrite ; les relieurs prennent ensuite l'habitude de dorer le titre dans un caisson du dos, puis, sur les cuirs sombres ou difficiles à dorer, de coller une pièce de maroquin de couleur sur laquelle le titre se détache. Pièce de titre et pièce de tomaison deviennent une convention de la reliure du XVIIIe siècle et des demi-reliures du XIXe, jusqu'aux Bradel en percaline qui en reçoivent une de maroquin.
Pour le libraire, la pièce de titre se décrit par sa couleur et sa matière (« pièce de titre de maroquin rouge »), et son état : frottée, manquante, renouvelée. Une pièce de titre refaite est une restauration courante mais à signaler ; une pièce d'une autre teinte sur une série en plusieurs volumes trahit un tome rapporté.
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Tranches
Ensemble des trois faces formées par les bords des feuillets d’un volume : tranche de tête, tranche de queue et tranche de gouttière. Elles peuvent être laissées naturelles ou recevoir différents traitements décoratifs : dorure, marbrure, coloration, moucheture ou ciselure.
Tranche de tête
Tranche supérieure d’un volume lorsque celui-ci est placé verticalement. Elle peut être laissée naturelle, rognée, dorée, colorée, marbrée ou recevoir tout autre traitement décoratif.
Tranche de queue
Tranche inférieure d’un volume lorsque celui-ci est placé verticalement. Comme les autres tranches, elle peut être laissée naturelle ou recevoir un traitement décoratif ou protecteur.
Tranche de gouttière
Tranche opposée au dos du volume, correspondant au bord extérieur des feuillets que l’on saisit pour ouvrir le livre. Elle peut être droite, concave ou recevoir différents décors, notamment une dorure ou une peinture sur tranche.
Gardes
Feuillets placés au début et à la fin d’un volume afin d'isoler le corps d’ouvrage à sa reliure et de le protéger. Elles peuvent être blanches, unies ou décorées, notamment de papier marbré. On distingue en particulier la contregarde, collée au contreplat, et la garde volante.
Termes liés
Dos à nerfsDos lisseMorsTranchefileFersFiletsDentellePleine reliureDemi-reliureCollation
Questions fréquentes
Comment lire une description de reliure ?
Elle suit un ordre : la nature de la reliure (pleine ou demi, matière, couleur), puis le dos (lisse ou à nerfs, caissons, pièces de titre et de tomaison), les plats et leur décor, les coupes et les coiffes, les tranches, les gardes, et enfin la signature du relieur et l'état. Chaque mot de cette page en est un élément.
Quelle différence entre dos, mors et coiffes ?
Le dos est la partie qui couvre la couture et porte le titre ; les mors sont les charnières entre le dos et les plats ; les coiffes sont les deux extrémités du dos, en tête et en queue.
Quelles parties s'usent en premier ?
Les coiffes, les coins et les mors, qui sont les points de contact et d'articulation : « coiffes et coins frottés, mors fendillés » est le trio des mentions d'état.
Références
Louis-Sébastien Le Normand, Manuel du relieur, Paris, Roret, 1827 (Gallica).
Lesné, La Reliure, poème didactique en six chants, Paris, 1820 (Gallica).
Roger Devauchelle, La Reliure en France de ses origines à nos jours, Paris, Rousseau-Girard, 1959-1961, 3 vol.
Language of Bindings Thesaurus, Ligatus, University of the Arts London : https://www.ligatus.org.uk/lob/
Base Reliures, Bibliothèque nationale de France : https://reliures.bnf.fr
Pascal Fouché et al. (dir.), Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la Librairie, 2002-2011.