La provenance est la chaîne des mains par lesquelles un exemplaire est passé, depuis son premier possesseur jusqu'à la librairie. Elle s'écrit à partir des marques que les possesseurs ont laissées : armes frappées sur les plats, ex-libris gravés ou manuscrits, signatures sur le titre, envois, annotations, cachets d'institutions, étiquettes de ventes, et, pour les deux derniers siècles, catalogues de ventes publiques, où l'on retrouve l'exemplaire décrit sous le nom de son propriétaire. L'étude des provenances est devenue au XXe siècle une discipline à part entière, avec ses répertoires d'armoiries, de monogrammes et de bibliothèques célèbres.
Pour un libraire, une provenance établie change la nature d'un exemplaire : un livre ayant appartenu à un écrivain, à un savant, à un collectionneur connu ou à une grande bibliothèque dispersée porte une histoire que l'on peut vérifier et raconter. Chaque maillon se documente : la reliure aux armes se compare aux fers connus, l'ex-libris aux répertoires, la signature aux autographes sûrs, la mention de vente au catalogue. Une provenance continue, de la reliure d'époque à la dernière vente, est l'une des qualités les plus recherchées d'un exemplaire.
Les erreurs sont celles de l'attribution trop rapide : une signature d'homonyme, des armes mal lues, un ex-libris rapporté, une mention « de la bibliothèque de » qui ne repose que sur une tradition de vente. Le vocabulaire a ses nuances, que nos notices respectent : « de la bibliothèque de » désigne la bibliothèque personnelle d'un possesseur, « de la collection de » la collection nommée d'un collectionneur par laquelle la pièce est passée ; et le destinataire d'une lettre n'en est pas la provenance.