Glossaire du bibliophile
Marginalia
Ensemble des notes, commentaires, signes ou marques manuscrits portés dans les marges d’un livre et, plus rarement, d’un manuscrit. Souvent liés à la lecture d’un exemplaire, les marginalia peuvent renseigner sur son usage, sa provenance, sa réception ou les réflexions de son possesseur.
Écrire dans les marges est aussi ancien que le livre : les gloses des manuscrits médiévaux, les commentaires des humanistes sur leurs éditions aldines, les notes de Montaigne sur son Lucrèce, les annotations de Voltaire conservées à Saint-Pétersbourg sont des marginalia. Le mot latin, un pluriel neutre, entre dans l'usage des bibliographes au XIXe siècle, lorsque Coleridge intitule ainsi ses notes de lecture ; il désigne depuis tout ce qu'un lecteur dépose dans les marges, de la manicule au commentaire développé, et les historiens de la lecture y lisent la réception d'un texte.
Pour le libraire, les marginalia sont d'abord une question d'identité : d'une main anonyme, ce sont des traces de lecture à décrire comme un défaut ou comme une curiosité ; d'une main connue, ce sont des autographes et l'exemplaire change de nature. Les épreuves corrigées par l'auteur, les exemplaires de travail annotés en vue d'une réédition, les livres lus et commentés par un autre écrivain sont des pièces d'association dont la valeur tient au contenu des notes et à leur attribution. La notice décrit la nature des annotations, leur étendue, l'encre ou le crayon, et dit comment la main a été identifiée. Un exemplaire de provenance illustre doit être examiné feuillet par feuillet : les marginalia s'y cachent.
On ne confond pas les marginalia avec l'envoi d'auteur, qui est une dédicace, ni avec les apostilles, qui sont des notes administratives en marge d'un document, ni avec les ex-libris manuscrits. Les annotations d'un libraire ou d'un relieur (prix, collation au crayon) ne sont pas des marginalia au sens propre. Et une attribution « de la main de l'auteur » sans preuve est une faute : la comparaison d'écriture se fait, ou l'on écrit « annotations anciennes ».
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Termes liés
ApostilleProvenanceEx-librisManuscrit autographeAutographeEnvoi d'auteurRestauration
Questions fréquentes
Que sont les marginalia ?
Ce sont les notes, soulignements, signes et commentaires écrits à la main dans les marges d'un livre par un lecteur. Le mot, latin, est un pluriel : on dit « des marginalia ».
Les marginalia diminuent-ils la valeur d'un livre ?
Ceux d'un lecteur anonyme sont un défaut d'état ; ceux d'un lecteur identifié — l'auteur, un écrivain, un savant, un possesseur célèbre — font de l'exemplaire une pièce unique dont la valeur peut dépasser celle d'un exemplaire propre.
Comment distinguer des marginalia d'auteur ?
Par l'écriture, comparée à des autographes sûrs, par le contenu, qui corrige ou prolonge le texte, et par la provenance de l'exemplaire. Des épreuves corrigées sont le cas le plus net : les marges portent le travail de l'auteur.
Références
H. J. Jackson, Marginalia. Readers Writing in Books, New Haven, Yale University Press, 2001.
William H. Sherman, Used Books. Marking Readers in Renaissance England, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2008.
Anthony Grafton, Commerce with the Classics. Ancient Books and Renaissance Readers, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1997.
Roger Chartier et Guglielmo Cavallo (dir.), Histoire de la lecture dans le monde occidental, Paris, Seuil, 1997.
Pascal Fouché et al. (dir.), Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Cercle de la Librairie, 2002-2011.