Glossaire du bibliophile
Elzévir
Livre sorti des presses des Elzevier, famille d'imprimeurs-libraires de Leyde et d'Amsterdam active de 1583 à 1712, et, par extension, petit volume in-12 du XVIIe siècle à la typographie serrée qui en imite la manière. Les elzévirs, très prisés des bibliophiles du XIXe siècle, se reconnaissent à leurs adresses, à leurs marques et aux bibliographies de Willems et de Rahir.
Louis Elzevier, réfugié de Louvain, s'installe libraire à Leyde en 1583 ; ses fils et petits-fils, Bonaventure et Abraham surtout, font de la maison la première officine d'Europe entre 1620 et 1650, avec une branche à Amsterdam tenue par Louis III et Daniel. Les Elzevier impriment des classiques latins, les « petites républiques » en in-24, les auteurs français du Grand Siècle « suivant la copie imprimée à Paris » — formule qui couvre des contrefaçons d'éditions parisiennes, souvent les premières éditions collectives en petit format de Molière, de Corneille ou de Pascal. Leurs marques, la Sphère, le Solitaire (Non solus), la Minerve, et leurs caractères ont fait un style, au point qu'« elzévir » désigne aussi, au XIXe siècle, un caractère typographique.
L'elzévir fut l'objet d'une passion bibliophilique au XIXe siècle : Charles Nodier, puis les collectionneurs qui mesuraient la hauteur des marges au millimètre, ont fait monter les prix de volumes qu'il fallait réunir en séries complètes. Les bibliographes y ont répondu : Alphonse Willems en 1880, Berghman, puis Édouard Rahir en 1896 ont établi la liste des éditions authentiques, leurs dates, leurs tirages et leurs contrefaçons. Pour le libraire, un elzévir se décrit par sa référence à Willems, par sa hauteur en millimètres, par sa reliure — vélin de l'époque ou maroquin du XIXe signé — et par son état ; la « première édition elzévirienne » d'un texte français est un argument de catalogue.
On nomme à tort elzévir tout petit volume hollandais du XVIIe siècle : les Jansson, Blaeu, Wolfgang ou Hack ont imprimé dans la même manière, et nombre de volumes à la Sphère sont des contrefaçons faites à Bruxelles ou à Amsterdam par d'autres. Les « elzévirs » des collections du XIXe siècle (Jouaust, la Petite Bibliothèque elzévirienne) n'en sont pas.
Dans le catalogue
Termes liés
AldineIn-douze (ou In-12)In-seize (ou In-16)IncunableColophonReliure en vélinIn-vingt-quatre (ou In-24)
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un elzévir ?
C'est un livre sorti des presses de la famille Elzevier, imprimeurs-libraires de Leyde puis d'Amsterdam entre 1583 et 1712, et par extension un petit volume in-12 du XVIIe siècle au format et à la typographie serrée qui les caractérisent.
Comment reconnaître un elzévir ?
À l'adresse (Leyde, Amsterdam, « Lugduni Batavorum »), aux marques typographiques (la Sphère, le Solitaire, la Minerve), au format in-12 ou in-16 et aux caractères ; les bibliographies de Willems et de Rahir fixent la liste des éditions authentiques et distinguent les contrefaçons.
Les elzévirs ont-ils de la valeur ?
Elle fut très haute au XIXe siècle, quand les amateurs les recherchaient par séries et mesuraient leurs marges au millimètre ; aujourd'hui, les éditions originales de textes français imprimées « suivant la copie imprimée à Paris » et les exemplaires grands de marges, en reliure d'époque, restent recherchés.
Références
Alphonse Willems, Les Elzevier. Histoire et annales typographiques, Bruxelles, Van Trigt, 1880 (Gallica).
Édouard Rahir, Catalogue d'une collection unique de volumes imprimés par les Elzevier et divers typographes hollandais du XVIIe siècle, Paris, Damascène Morgand, 1896 (Gallica).
Gustaf Berghman, Études sur la bibliographie elzévirienne, Stockholm, 1885.
Jacques-Charles Brunet, Manuel du libraire et de l'amateur de livres, 5e éd., Paris, Didot, 1860-1865 (Gallica).
David W. Davies, The World of the Elseviers, 1580-1712, La Haye, Martinus Nijhoff, 1954.