Glossaire du bibliophile
Aldine
Livre imprimé à Venise par Alde Manuce (vers 1450-1515) et ses héritiers jusqu'en 1597, reconnaissable à la marque à l'ancre et au dauphin. Alde a donné les premières éditions des classiques grecs, créé l'italique et le petit in-octavo de poche ; les aldines sont les premiers livres collectionnés pour leur imprimeur et l'objet de contrefaçons dès 1502.
Aldo Manuzio, humaniste né vers 1450 près de Rome, ouvre son atelier à Venise en 1494 avec un programme : donner au monde lettré les textes grecs en éditions correctes. L'Aristote en cinq volumes (1495-1498), Aristophane, Thucydide, Sophocle, puis, à partir de 1501, les classiques latins et italiens en petit in-octavo composés dans l'italique gravée par Francesco Griffo fondent la réputation de la maison, dont la marque, l'ancre et le dauphin empruntée à une monnaie de Titus, illustre la devise festina lente. Après la mort d'Alde en 1515, ses beaux-parents les Torresani, puis son fils Paul Manuce et son petit-fils Alde le Jeune poursuivent l'activité jusqu'en 1597, avec un éclat décroissant mais des éditions encore recherchées.
Les aldines furent collectionnées dès le XVIe siècle, en France par Grolier, qui les faisait relier en maroquin à son nom, et les bibliographes les ont décrites tôt : Antoine-Augustin Renouard, lui-même libraire et collectionneur, en donne les Annales en 1803, remaniées en 1834, qui restent la référence avec le catalogue de la collection Ahmanson-Murphy de l'université de Californie. Pour le libraire, une aldine se décrit par sa référence à Renouard, par la génération de l'atelier (Alde l'Ancien, les héritiers, Paul, Alde le Jeune), par sa complétude, ses marges et sa reliure ; une aldine de la première période en reliure de l'époque, ou de provenance humaniste avec marginalia, est une pièce majeure. Une aldine de 1590, comme l'Essame de gl'ingegni de Huarte imprimé par Alde le Jeune, se décrit honnêtement comme une aldine tardive.
Les contrefaçons sont contemporaines des originaux : les imprimeurs lyonnais copient dès 1502 les in-octavos italiques, marque comprise, et Alde proteste par un avertissement imprimé ; Florence et Venise même en produisent. Le papier, le filigrane, le détail des caractères et les leçons du texte départagent, avec Renouard en main.
Dans le catalogue
Termes liés
ElzévirIncunableIn-octavo (ou In-8)ColophonReliure en vélinMarginalia
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une aldine ?
C'est un livre sorti des presses d'Alde Manuce, imprimeur humaniste de Venise, et de ses héritiers, de 1495 à la fin du XVIe siècle. Les aldines se reconnaissent à leur marque, l'ancre et le dauphin, et à leur typographie, grecque, romaine et italique.
Pourquoi les aldines sont-elles célèbres ?
Alde a imprimé les premiers grands textes grecs (Aristote, 1495-1498), créé l'italique avec Francesco Griffo et inventé en 1501 le petit in-octavo de poche, le « libellus portatilis », qui a changé la lecture. Ses éditions sont les premières collectionnées comme telles.
Comment distinguer une aldine d'une contrefaçon ?
Les contrefaçons lyonnaises commencent dès 1502 ; les Annales de Renouard et le catalogue Ahmanson-Murphy recensent éditions et contrefaçons, et la marque, les caractères et le papier s'y comparent.
Références
Antoine-Augustin Renouard, Annales de l'imprimerie des Alde, ou histoire des trois Manuce et de leurs éditions, 3e éd., Paris, Renouard, 1834 (Gallica).
Martin Lowry, The World of Aldus Manutius. Business and Scholarship in Renaissance Venice, Oxford, Blackwell, 1979.
The Aldine Press. Catalogue of the Ahmanson-Murphy Collection of Books by or Relating to the Press in the Library of the University of California, Los Angeles, Berkeley, University of California Press, 2001.
Jacques-Charles Brunet, Manuel du libraire et de l'amateur de livres, 5e éd., Paris, Didot, 1860-1865 (Gallica).
Aldo Manuzio. Il rinascimento di Venezia, catalogue d'exposition, Venise, Gallerie dell'Accademia, Marsilio, 2016.