L'eau-forte (du nom ancien de l'acide nitrique) naît au début du XVIe siècle chez les armuriers et passe à l'estampe avec Dürer et Parmesan ; Callot, Rembrandt puis Goya en font un art de peintres, plus libre que le burin. Le graveur couvre le cuivre d'un vernis, y dessine à la pointe, plonge la plaque dans l'acide qui creuse les traits mis à nu, et peut recommencer pour approfondir : chaque reprise fait un état. La pointe sèche, souvent associée, incise le métal sans acide ; la barbe soulevée retient l'encre et donne un noir velouté qui s'épuise en quelques dizaines d'épreuves. Au XIXe siècle, le renouveau de l'eau-forte originale — Meryon, Bracquemond, la Société des aquafortistes de Cadart en 1862 — gagne le livre : frontispices et planches à l'eau-forte de Lalauze, de Chahine, puis des peintres-graveurs du XXe siècle illustrent les grandes éditions.
Pour le libraire, une planche gravée se décrit par sa technique, son auteur, son état et son papier : les tirages de tête des livres illustrés offrent les eaux-fortes en plusieurs états (avant la lettre, avec remarque, sur Chine ou sur Japon), parfois une suite complète ou un cuivre barré. Une eau-forte originale, gravée par l'artiste, se distingue de l'eau-forte d'interprétation gravée d'après un dessin par un graveur de métier, et de l'héliogravure, procédé photomécanique qui imite son aspect.
Le mot est souvent employé à tort pour toute gravure sur cuivre, y compris au burin, et « pointe sèche » pour tout trait fin. Les héliogravures et les « eaux-fortes » reproduites des éditions courantes n'ont pas la cuvette franche ni le grain de l'original. Enfin, une suite d'états annoncée à la justification doit être complète : une suite dépareillée se signale.